Au Burkina Faso, dans un contexte où l’image du pays est souvent réduite à ses difficultés, Wisdom Tsedi, coach de projets VIA Don Bosco pour la région, apporte un témoignage précieux et nuancé sur la situation de ce grand pays.
« Depuis sa prise de pouvoir en 2022, le capitaine Ibrahim Traoré a fait de la lutte contre les djihadistes une priorité nationale, rappelle Wisdom Tsedi. Tout n’est pas réglé, loin de là. Mais la situation sécuritaire dans les régions les plus impactées, au Nord et à l’Est, semble se stabiliser. Il y a toujours des attaques, mais elles sont plus sporadiques et mieux contrées par les forces de défense nationale. Désormais, les militaires viennent chasser les djihadistes qui s’étaient installés. Le rapport de force tend à s’inverser. »
La création récente de l’Alliance des États du Sahel – Burkina Faso, Niger et Mali – n’est sans doute pas étrangère à ces progrès. « Dans les zones frontalières, cette armée dédiée dispose d’équipements plus adaptés pour traquer les djihadistes, avec des drones notamment. Les points de fragilités restent toujours les zones les plus isolées et difficiles d’accès, l’armée ne pouvant être présente dans tous les villages en même temps ». Pour rappel, cette guerre silencieuse a fait au moins 25 000 morts (1) et plus de 2 millions de personnes déplacées dans leur propre pays (DPI) en 2023 selon les autorités gouvernementales (2).
Une situation alimentaire toujours incertaine
Le conflit a également fortement perturbé l’accès à l’alimentation et à l’eau potable pour une grande partie de la population. La faim et la malnutrition ont atteint des sommets ces dernières années, faisant exploser le nombre de personnes confrontées à une insécurité alimentaire aiguë, de 700 000 en 2019 à 2,7 millions en 2024, dont beaucoup de réfugiés et d’enfants (3). « Sur ce point aussi, le peuple burkinabé prouve sa résilience. De gros efforts ont été demandés aux agriculteurs pour produire plus et être en mesure de répondre à la situation. »
Le pays doit toutefois faire face à une nouvelle menace. Dans cette région du globe, le réchauffement climatique prend la forme d’un véritable choc environnemental et les événements météorologiques extrêmes hypothèquent de plus en plus la production locale. De nombreuses études anticipent une baisse dramatique des rendements agricoles de 10 à 15 % en 2050 (4). « C’est un nouveau défi pour le pays qui va devoir apprendre à vivre avec cette nouvelle réalité. »
remettre sur pied l’enseignement
Avec 270 attaques dirigées contre des établissements scolaires à travers le pays en 2022 et 2023, élèves et enseignant·e·s ont eux aussi payé un lourd tribut dans cette guerre (5). De nombreuses personnes du corps professoral ont été lâchement assassinées, plusieurs centaines de milliers d’enfants ont été contraints de fuir leur village.
Le symbole est fort : au paroxysme des combats, 6 300 écoles ont dû fermer. Le gouvernement annonçait en décembre dernier que la reconquête de territoires avait permis la réouverture de 2 500 d’entre-elles. « C’est un phénomène logique, une fois le territoire sécurisé, les réfugiés peuvent retourner chez eux et refaire tourner l’activité locale ». Restent le traumatisme et la difficulté psychologique de retourner dans un lieu où a régné la terreur.
Sources
(1) Source : Armed Conflict Location & Event Data (ACLED) – (2) Source : Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés
(3) Source : World Food Programme
(4) Source : UK Center for Ecology & Hydrologie – Rapport sur le Changement climatique et ses impacts au Burkina Faso
(5) Source : Rapport Burkina Faso de la Coalition mondiale pour la protection de l’éducation contre les attaques (GCPEA)
