Lorsque le terrorisme déroule ses horreurs, maintenir une offre d’éducation est un acte de résistance contre la barbarie. C’est ainsi qu’au tournant des années 2020, au plus fort des attentats djihadistes, VIA Don Bosco a décidé de lancer un nouveau programme quinquennal au Burkina Faso. Un programme qui a pris racine dans trois centres de formation professionnelle : à Ouagadougou, la capitale, à Bobo-Dioulasso et à Koubri.
Le programme VIA Don Bosco au Burkina Faso été officiellement lancé en 2022. Comme pour chaque nouveau pays, l’ONG n’a pas créé de nouvelles écoles mais a choisi de collaborer avec des établissements existants. Wisdom Tsedi, coach de projet pour le Burkina Faso, le Bénin et le Mali, se souvient : « Nous sommes partis de l’existant et avons mis en place des leviers pour donner plus de puissance à chacune des trois écoles avec pour axes de développement, la qualité de l’enseignement, la durabilité financière et l’accompagnement vers l’emploi. En somme, un renforcement global des capacités de chaque centre de formation ».
Le même principe a été appliqué aux filières. « Nous avons conservé toutes les filières existantes car elles étaient bien adaptées au marché de l’emploi local mais nous y avons ajouté un cursus photovoltaïque pour tirer parti du programme du gouvernement sur les énergies solaires. Ce secteur est déjà un gros pourvoyeur d’emploi ».
Quand elle était possible, l’augmentation de la capacité d’accueil et l’amélioration de l’infrastructure ont aussi compté parmi les priorités : le programme a notamment permis de construire un nouveau bâtiment avec des classes à Ouagadougou ainsi qu’une grande salle polyvalente à Koubri. Des tables-bancs, des équipements pour les ateliers et de nouvelles machines correspondantes aux standards du pays ont également été acquis.
47% de filles en 2024
Enjeu majeur, le partenariat a mis le paquet sur l’accès à l’éducation et sur la formation des filles. « L’application de notre stratégie « genre » a permis d’attirer plus de jeunes filles dans les classes. En 2024, elles étaient 564 sur un total de 1 201 élèves. Nous allons maintenant être très vigilant·e·s au taux de rétention, c’est-à-dire au nombre de réinscriptions d’une année sur l’autre. Si on veut qu’elles se réinscrivent, les filles doivent se sentir complètement en sécurité à l’intérieur des écoles. C’est donc ici que notre travail de sensibilisation sur les violences basées sur le genre et sur la mise en place de process de dénonciation prend tout son sens. Et puis travailler la question des stéréotypes avec 1 200 élèves chaque année, c’est la garantie de toucher aussi 1 200 familles et d’avoir un impact fort sur la communauté ».
Trois nouveaux Bureaux d’Emploi
Avant 2022 et la mise en place du programme, le cursus des élèves se terminait par la rédaction d’un simple plan d’affaire. « Il y avait ensuite peu de suivi », confie Wisdom Tsedi. VIA Don Bosco a ainsi créé trois Bureaux d’Emploi (BDE), un dans chacune des trois écoles partenaires, en appliquant les mécanismes de suivi et d’accompagnement qui font sa marque de fabrique partout dans le monde. L’objectif ? Faciliter l’entrée des jeunes diplômé·e·s sur le marché du travail.
En parallèle, les stages ont été systématisés et les premières conventions ont été signées entre les Centres et des entreprises locales grâce au travail des BDE. « L’un des buts est de formaliser ces partenariats sur plusieurs années pour profiter du retour des recruteur·euse·s et adapter nos enseignements. »
Aujourd’hui, les Bureaux d’Emploi ont également entamé un important effort de rapprochement avec des institutions financières locales, l’idée étant de faciliter l’accès au crédit pour les jeunes qui souhaitent créer leur propre entreprise.
Dernier axe de travail : le renforcement des capacités du corps enseignant. Depuis la mise en place du programme, la quasi-totalité des professeur·e·s ont suivi des formations pédagogiques ainsi que des cycles de perfectionnement technique, spécifiques à leur filière.
Enfin, « la durabilité financière est évidemment au cœur du programme VIA Don Bosco. Nous avons mis en place des mécanismes de partage des bonnes pratiques et, depuis, les trois établissements ont fait des progrès spectaculaires en matière de gestion », constate Wisdom Tsedi. Un référentiel a ainsi été créé pour chaque école qui tient compte des normes de gestion financière de l’Union Économique et Monétaire Ouest Africaine. « Les écoles sont désormais auditées chaque année. »
Signe du destin, depuis le début du partenariat, les trois établissements partenaires ont tous pu assurer la continuité des enseignements, sans interruption. Le programme est donc en passe d’atteindre ses objectifs initiaux, soit 6 000 jeunes formé·e·s en 2026.
