Cameroun

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Au Cameroun, VIA Don Bosco mise sur la résilience éducative pour traverser les crises

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Dans un Cameroun traversé par des tensions sécuritaires et des fractures linguistiques profondes, VIA Don Bosco déploie l’un de ses programmes les plus singuliers. Comme le souligne Elisa Lorenzoni, project coach de l’organisation, le Cameroun est « le seul programme où l’on collabore à la fois avec des écoles salésiennes et non salésiennes ». Une configuration unique qu’elle a pu observer directement lors de sa dernière venue sur le terrain en septembre et octobre 2025. L’immensité du territoire, la diversité des langues et des administrations, et les réalités contrastées entre zones anglophones et francophones exigent une approche flexible et adaptée.

L’ONG est aujourd’hui active dans plus de la moitié du pays : à Yaoundé, dans le centre et le sud, ainsi qu’à l’est, partout où les conditions de sécurité le permettent. Certaines régions restent néanmoins difficiles d’accès. L’extrême nord est marqué par la présence de Boko Haram et par les flux de déplacé·es internes ou du Nigeria et de la République centrafricaine. Dans le Nord-Ouest, les conséquences de la crise anglophone ont entraîné la fermeture certaines écoles. Malgré tout, trois établissements situés dans cette zone poursuivent leurs activités. Les projets de construction de classes y sont maintenus, symbole de la détermination de communautés qui refusent d’abandonner l’éducation.

L’alternance comme réponse aux réalités rurales

Au coeur de ce programme complexe se trouve la Plateforme pour la Promotion des Centres Educatifs Familiaux de Formation par Alternance (PROCEFFA), un réseau d’écoles agricoles et de centres de formation professionnelle non salésiens qui misent sur la pédagogie par alternance. « Les élèves passent deux semaines en classe puis deux semaines en stage, un rythme qui permet d’ancrer les apprentissages dans la réalité du terrain. Dans les zones rurales, cette méthode repose sur l’implication d’exploitant·es agricoles et d’artisan·es locaux, souvent parents d’élèves, qui deviennent maître·sse·s de stage », explique Elisa. Elle embraye : « Les internats offerts aux jeunes jouent également un rôle crucial : cela permet d’éviter les longs déplacements, parfois risqués, et permettent aux élèves de poursuivre leur formation dans un environnement stable ». Chaque jeune construit dès son entrée un projet de vie qui sert de fil conducteur à son parcours, tandis que les associations de parents participent à l’adaptation des programmes et, dans certains cas, développent leurs propres activités génératrices de revenus pour renforcer la stabilité des écoles.

Insérer les jeunes sur un marché du travail restreint

Si la pédagogie par alternance fonctionne, l’insertion professionnelle reste le défi le plus grand. Dans des régions où les opportunités sont rares, les jeunes ont besoin d’un accompagnement soutenu. VIA Don Bosco appuie donc des bureaux d’emploi, forme des moniteurs et monitrices spécialisé·es et encourage l’entrepreneuriat, souvent la seule voie possible. Elisa Lorenzoni, project coach de VIA Don Bosco explique : « L’organisation travaille aussi à augmenter les inscriptions, notamment dans les petites écoles agricoles, en renforçant les actions de communication et en luttant contre les normes sociales qui freinent particulièrement la scolarisation des filles. Mariages et grossesses précoces, violences basées sur le genre, et manque de ressources publiques pour la prévention scolaire rendent le contexte encore plus délicat ».

Aller plus loin

Malgré les crises, de nombreux jeunes au Cameroun continuent de se former et de croire en leur avenir. Avec votre soutien, certaines écoles offrent encore de vraies chances d’apprendre et de progresser. Aujourd’hui, nous souhaitons équiper davantage de classes en matériel informatique : un ordinateur coûte 530 €, et chaque contribution, même modeste, aide directement ces jeunes à réaliser leurs rêves. Plus d’infos dans la lettre jointe à ce Shakers ou via ce lien.